Portrait de la violence conjugale au Canada et au Québec

Au Canada, selon les données policières pour l’année 2011 (Sinha, 2011), les victimes de violence familiale étaient majoritairement de sexe féminin (69 %). Cette représentation disproportionnée était la plus marquée pour la violence conjugale, 80 % des victimes étant des femmes.  La même surreprésentation ressortait dans les cas où l’auteur présumé était un enfant (63 %), un membre de la famille élargie (58 %), un parent (57 %) et un frère ou une sœur (57 %). 

Au Québec, les infractions commises dans un contexte conjugal comptent pour 6 % de la totalité des infractions criminelles enregistrées par les corps policiers. Une hausse dans l’évolution du taux d’infractions en contexte est constatée depuis 2008 (+10 %), et est contraire à l’évolution du taux d’infractions contre la personne, qui a plutôt diminué au cours  de la même période (-5 %) (MSP, 2012).

Bien qu’en fait le taux provincial soit demeuré relativement stable au cours de la dernière année, cette évolution s’explique par une recrudescence dans quatorze des dix-sept régions administratives de la province. Les plus fortes augmentations sont dans les régions du Nord-du-Québec (+43 %), du Centre-du-Québec (+17 %) et de la Chaudière-Appalaches (+11 %) (MSP, 2012).  

Les données policières québécoises montrent que les femmes sont majoritaires parmi les victimes d’infractions commises dans un contexte conjugal (80 %), leur nombre s’établissant à 15 790 comparativement à 3 941 pour les hommes.

Violence conjugale : les femmes aussi violentes que les hommes?

Depuis plusieurs années, des discours remettent en cause la spécificité de la violence envers les femmes : elles seraient aussi violentes que les hommes. Rappelons que la violence envers les femmes désigne l’ensemble des comportements violents, individuels ou collectifs, se fondant sur le genre.

Il est à souligner qu’aucun consensus scientifique n’a été établi sur ce point, compte tenu notamment des différences des méthodologies utilisée. Par ailleurs, on ne peut nier la présence d’une violence conjugale envers les hommes. Sans tenir compte du contexte, ou du sexe, un peu plus de 4 victimes sur 10 ont été blessées par la violence de leur conjoint(e) ou de leur ex-conjoint(e) en 2011(MSQ, 2011). Cela semble illustrer la symétrie de la violence en ne tenant compte que du nombre de gestes posés.

Toutefois, de nombreuses études démontrent que, si le nombre de gestes de violence posés s’équivaut, la dangerosité et les conséquences de ces gestes sont sans commune mesure (CSF, 2005). Les femmes sont plus souvent victimes que les hommes d’actes de violence, ces actes sont plus dangereux que ceux subis par les hommes et leurs conséquences physiques et psychologiques sont plus importantes. La violence à l’encontre des conjointes s’exerce principalement dans un contexte de domination, alors que la violence subie par les hommes se situe davantage dans le cadre de conflits de nature ponctuelle (CSF, 2005).

Parmi les femmes victimes, 25% ont été battues, 20% d’entre elles ont failli être étranglées, 13% ont été menacées d’une arme et 20% ont été victimes d’agression sexuelle. Chez les hommes, les pourcentages respectifs sont de 10, 4, 8 et 3%. A la lumière de ces chiffres, le constat est vite fait : trois fois plus de femmes que d’hommes battues, cinq fois plus ont failli être étranglées, deux fois plus ont été menacées d’une arme et sept fois plus ont été tenues d’avoir des relations sexuelles forcées.

Un autre facteur important à prendre en compte est le fait que 34% des victimes féminines n’avait pas porté plainte à la police par peur de leur conjoint ou ex-conjoint, alors qu’aucun homme n’avait fait état de ce fait (CSF, 2005). Finalement, dans les affaires de meurtre-suicide entre conjoints, ayant eu lieu au Canada entre 2001 et 2011, 97 % des auteurs présumés étaient des hommes (Sinha, 2011). Ces quelques données illustrent bien les différences existant entre les violences exercées, et les violences subies, par les hommes et les femmes.

Conséquences sociales et économiques

Bien entendu, les femmes sont les premières victimes ces actes de violence et elles en subissent directement les conséquences. Toutefois, les conséquences sur l’environnement externe de ce problème de société ne sont pas négligeables.

La violence faite aux femmes coûte au moins 4,2 milliards de dollars à la société canadienne en services sociaux, en formation, en justice pénale, en travail, en emploi, en santé et en frais médicaux (estimation datant de 1995). Au moins la moitié de cette somme serait attribuable à la violence conjugale (Greaves et Hankivsky, 1995).

Une équipe de chercheurs a estimé les coûts de la violence conjugale au Canada, incluant les dépenses publiques et privées, à 13 162 $ annuellement pour chaque femmes victimes de violence conjugale (Varcoe, C., Hankivsky, O., Ford-Gilboe, M., Wuest, J., Wilk., P. et al., 2011). En considérant l’ensemble des Canadiennes ayant un conjoint avec des comportements violents, les auteurs estiment ainsi à 6,9 milliards de dollars les coûts attribuables à la violence conjugale envers les femmes chaque année. L’étude indique que les coûts de la violence conjugale persistent même longtemps après la séparation des conjoints.